lundi 17 septembre 2018

Bulle de silence


Je baisse enfin la tête. Je suis à contre-pente avec une vue magnifique sur une vallée verdoyante. Au fond, cours un calme ruisseau. Dans mon dos, des arbres coiffent encore la colline de quelques feuillus.
Je ne vois plus ma bulle mais je l'entends... où plutôt je n'entends rien. Je suis dans ma bulle. Je regarde machinalement mon téléphone portable. Il ne capte rien. Je me sens étrangement libre. Je retrouve les dispositions de mon enfance.
J'écoute encore mais aucun vent ne vient bercer les branches. Et contrairement à mes souvenirs, cette fois, je m'étonne : plus un oiseau ne chante ni ne vole; plus une abeille, plus un criquet. Je suis seul au monde, dans une faune aphone.

mercredi 1 août 2018

La bulle rebelle



Je ressentais de plus en plus l'oppression de la ville, du temps contraint, des obligations professionnelles... Je pressentais qu'il devenait urgent de sortir de cet engrenage. 

Le jour où je me décidai enfin à coincer la bulle, elle m'échappa. Trop fier pour la laisser ainsi filer, je la suivis, sur les chemins de traverse, abandonnant les autoroutes de la réussite et de l'urgence, je pris le temps de marcher, d'observer.

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Une force sourde, intérieure, me serrait le ventre. Je devinai déjà un remord, un  sentiment d'abandon de poste, de perte d'efficacité à chaque instant. Je dominai cette impression pour pousser plus avant ma nouvelle quête, sans but, sans finalité, sans direction. J'allais au gré des vents qui portaient cette bulle, au gré du caprice des courants d'air qui l'élevaient, puis la projetaient brutalement dans un sens puis dans l'autre. Mes premiers remords s'estompaient pour céder la place à une simple inquiétude... perdre ma bulle ou la voir se heurter à une réalité tangible. 





lundi 24 avril 2017

Et pourquoi pas une connaissance poétique du monde numérique ? Clavardons-en !

    Pour ceux qui ont un peu trempé dans le monde austère de la cybersécurité, la question est déjà une gageure en soi ? Pourtant, puisque la vague numérique nous submerge tous, pourquoi ne pas lui offrir un petit supplément d'âme en lui permettant de s'écarter des anglicismes de technomaniaques souvent appelés geeks !

La traduction ou transcription de ce vocabulaire spécialisé en pleine expansion, ouvre un champ d'investigation passionnant. Par exemple, vous connaissez sans aucun doute le terme tchatter pour signifier le fait de converser en mode texte de façon interactive sur des réseaux ! La sonorité et la construction font un peu penser à tchacher... qui signifie discuter, bavarder avec une connotation d'excès. Il semblerait d'ailleurs que ce dernier proviendrait du verbe espagnol chacharear effectivement bien proche...

En se tournant vers les Québécois, on trouve des formules originales et plus évocatrices. En effet, ils nous proposent cyberbavarder qui a le mérite de bien placer ce bavardage dans le cyberespace mais aussi clavarder qui a ma préférence ! Le bavardage par clavier devient le clavardage..quoi de plus naturel !

Ainsi, je vous propose de clavarder plus avant sur ce thème dans les jours et semaines à venir.

AdA


dimanche 7 août 2016

L'éducation pour guider entre humanité et monstruosité ...


Il y aurait tant à dire en ces temps de confusion islamo-nihiliste... Faut-il sévir, faut-il accompagner, faut-il se concentrer sur la parade de la prochaine agression ? Sans doute tout cela en même temps. Il faut surtout qu'une société soudée entre en résistance et en résilience.  Oui, il faut assurément une société forte, qui cesse de relativiser ses propres valeurs dans une lâche compromission et se rassemble sur la transmission de sa vision de l'humanité car :

"Il y a en effet quelque chose de curieux avec l'homme, c'est que son humanité ne lui est pas donnée du seul fait de sa naissance. Il ne devient humain qu'à être introduit en humanité, par le jeu de l'éducation, par cet appel à lui adressé auquel il est invité à répondre en apprenant à parler, à aimer, à s'inscrire dans un monde ordonné. Ainsi, il ne devient humain qu'en se reconnaissant reconnu, en apprenant à lire dans le regard d'autrui le reflet de son humanité, en devinant dans le nom qui le dit un appel à la vie, à une vie qui n'est humaine que d'être partagée." (Petit traité de la liberté intérieure, Yann-Hervé MARTIN, Editions Le passeur, 2014).

C'est le défi de tous, avec détermination et bienveillance, des parents d'abord, des familles ensuite, puis des éducateurs, des professeurs et enfin des politiciens et media ...

AdA

dimanche 3 janvier 2016

La petite plage banche...

La petite plage blanche, dans une cassure du plateau rocheux, me fait revivre bien des souvenirs de ma vie passée, dans la solitude des îles. J'oublie la ville turbulente, le tintamarre des convois, la cohue des militaires désœuvrés, j'oublie tout ce qui m'attriste dans l'incertitude d'un avenir où j'ai mis, peut-être, trop d'espoirs : tout s'efface dans un rêve, à l'ombre des hautes salicornes sur le sable vierge où la mer a passé. Le vent du large balaie toutes mes angoisses ; les vagues accourent, je les retrouve toutes pareilles, je les reconnais, elles viennent à moi...
Henry de Monfreid, Les guerriers de l'Ogaden, 1936

C'était un peu ça... les bords de mer ont encore  du pouvoir....
Mais  le temps n'est plus  aux militaires désœuvrés....

AdA

dimanche 6 décembre 2015

La révolution numérique, par Alfred de Vigny

Évitons ces chemins. -Leur voyage est sans grâces,
Puisqu'il est aussi prompt, sur ses lignes de fer,
Que la flèche lancée à travers les espaces
Qui va de l'arc au but en faisant siffler l'air.
Ainsi jetée au loin, l’humaine créature
Ne respire et ne voit, dans toute la nature,
Qu'un brouillard étouffant que traverse l'éclair. 
[.../...]
La distance et le temps sont vaincus. La science
Trace autour de la terre un chemin triste et droit.
Le Monde est rétréci par notre expérience,
Et l'équateur n'est plus qu'un anneau trop étroit.
Plus de hasard. Chacun glissera sur sa ligne,
Immobile au seul rang que le départ assigne,
Plongé dans un calcul silencieux et froid.
(Les destinées, Alfred de Vigny, 1844)

Bon, il s'agissait sans doute de la révolution industrielle mais finalement la perception du poète n'est-elle pas celle de nos contemporains ? Au moins de ceux qui ne sont pas des générations X, Y et Z... Chaque époque se croit toujours unique, nouvelle, au cœur d'une accélération non maîtrisée !


AdA

samedi 4 juillet 2015

Toute la noblesse du paradoxe !

Si l'on m'avait demandé de célébrer des défaites en plein déclinisme français... je crois bien que j'aurais trouvé beaucoup d'arguments pour réclamer avant tout la réhabilitation de nos victoires !!!

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Dans Berezina, Sylvain Tesson lui, trouve l'art et la manière de nous ramener à la noblesse du soldat, à sa souffrance, son abnégation, sa capacité à tenir debout, y compris dans les grandes défaites de l'Histoire. En retraçant le retraite de Russie, il parvient encore à nous convaincre du génie de l'Empereur. Pour cela, il n'hésite pas à mouiller le maillot ou plutôt à le glacer sur son side-car Oural, accompagné de ses compagnons d’aventure. Il ne nous offre pas un récit historique du fond de sa bibliothèque... avec lui, les livres voyagent et alimentent la nouvelle épopée !


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Cultivant, le contraste et le paradoxe, il vient nous apporter un vent glacial revigorant en pleine canicule... En fantasque notoire, peu suspect d'esprit de discipline (d'ailleurs rappelé en séance par Etienne de Montety), il se permet maintenant de conquérir le prix Erwan Bergot de l'armée de Terre, symbole de la générosité et du courage du soldat français dont il partage les valeurs. Bien sûr, pour montrer qu'il n'est l'homme d'aucune chapelle, il se dédouane en ouverture de discours devant une assemblée trés kaki, en rappelant qu'il est écrivain de Marine... ce qui ne manque pas de faire sourire ceux qui se remémore ce passage de Berezina :
 "Le capitaine nous parlait comme à des chiens et nous prenait, le soir, pour son auditoire. Il fallait subir ses hauts fait, l’entendre dérouler ses vues sur cette science dont il s’était fait le spécialiste : le naufrage. Il y a comme ça des napoléons du minuscule ; en général, ils finissent sur les bateaux, le seul endroit où ils peuvent régner sur des empires. Le sien mesurait dix-huit mètres."

Bref, l'insoumis cabossé ne change pas dans le succès. Il souffle le chaud et le froid, rappelle dans un discours magnifique que c'est bien le propre de l'aventure de nous amener là où on ne s'attendait pas... Ce soir-là, c'était dans les salons de la Sorbonne... à l'invitation de l'armée de Terre. 

AdA