vendredi 21 février 2014

Je garde mon Cap ...



J’habite un littoral où le souffle est passion,
Un écrin de granit accroché sur un cap,

J’habite un océan agité par l’azur,
Vu d’une verte prairie courue de mille talus,

J’habite en Armorique chez un oiseau marin,
Coiffant de vastes plages ou niché dans les failles,

J’habite un bout du monde en pointe d’Eurasie
Au gré d’un vent solaire illuminant les voiles,

J’habite un port de brumes perdu dans les embruns,
Berceau d’un horizon, refuge d’une aventure,

J’habite à la frontière de tous ces absolus,
Sans avoir à choisir… puisque je ne pars plus…



Je garde mon Cap !

AdA

dimanche 26 janvier 2014

J'ai ancré l'espérance aux racines de la vie ...

Pour clôturer ce premier mois de la nouvelle année, que je voulais fondé sur l'espérance, j'ai trouvé ce poème d'Andrée Chedid. L'espérance s'y entoure des mots qui font l'homme avec une grande noblesse. 

J’ai ancré l’espérance

Aux racines de la vie
Face aux ténèbres

J’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux
A la lisière des nuits
Des clartés qui persistent

Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries
Des clartés qui renaissent

Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir
J’enracine l’espérance

Dans le terreau du cœur
J’adopte toute l’espérance
En son esprit frondeur.



Tout y est :
  • un socle : ancre, racine, terreau ;
  • une audace : faire face, se dresser, renaître, frondeur ;
  • une lumière : clarté, flambeaux ;
  • un être : vie, cœur, esprit.
AdA

dimanche 5 janvier 2014

Espérance en chemin...

Pour celui qui a un peu voyagé hors des sentiers battus, loin des chemins chargés du tourisme de masse, il y a quelque indécence à revenir dans notre univers national gâté mais plaintif et dépressif...
Pour celui qui voit la France comme un souffle dans l'Histoire du monde, chargée d'idées, d'héroïques victoires et de grandes figures, mûrie de ses grandeurs et de ses erreurs, il y a comme une déception de la voir atone, culpabilisée et auto-flagellatoire...
Pour celui qui voit la France comme la patrie de la famille, de l'école publique pour tous, de la sécurité sociale, il y a comme une incompréhension à la voir détruire ce qui la singularisait pour céder dans un même mouvement aux sirènes d'une vision qualifiée de progressiste et pourtant déjà arriérée...


Mais pour celui qui connait la France, sa vaste littérature et son Histoire mouvementée, il sait que cette passade est en train de générer une nouvelle prise de conscience de l'évolution réelle du monde. Il verra poindre au delà des poncifs de la défaite et du déclin, une ambition, une lueur d'écologie humaine en construction, graine d'avenir, gage d'équilibre dans la dignité.
Il verra en marche et en devenir :
"Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle. [.../...]
L'Espérance est une fille de rien du tout,
Qui est venue au monde le jour de Noël de l'année dernière,
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier
Avec ses petits sapins en d'Allemagne. Peints.
Avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas,
Puisqu'elles sont en bois.
C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
C'est cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.
La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend seulement pas gardes à elle.
Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs la petite espérance
S'avance.
"Charles Péguy "Le Porche du Mystère de la deuxième vertu". 1912

mardi 31 décembre 2013

L'Espérance en bascule ... pour la nouvelle année

A quelques minutes de la nouvelle année, c'est l'attente !!!!
La bascule est proche et le champ des possibles est vierge et étendu ... 

Cette graine que je tiens
dans le creux de ma main,
qu’en naîtra-t-il demain ?
Un roseau ou un chêne ?
Quelque plante de jardin ?
J’ignore et ne m’en plains.
Mais le cœur me palpite,
sachant qu’en elle habite
une vie qui attend
mon plaisir du moment
et qui dira : présent
pourvu que je lui trouve
bonne terre qui la couve.
Ainsi, bonne graine attend.

[.../...]
Esther Granek, Portraits et chansons sans retouches, 1976

Bonne année à tous !!!

AdA.

mercredi 18 décembre 2013

Animal bouffe ?

"Tu te ronges d'appartenir à un peuple mangeur de chevaux, esprit et estomac mitoyens".
Cette sentence de René Char  me revient en mémoire alors que je ne l'avais jamais assimilée. Elle me parle enfin... Les faits divers rejoignent les grandes trajectoires... On perçoit mieux  aujourd'hui cette convergence entre esprit et estomac dans une société pressée, qui ne sait plus ce qu'elle ingurgite faute de temps, de goût et de patience. Plus de contact avec l'éleveur, le boucher, plus une minute à perdre pour cuisiner. Société privée de relations humaines directes, servie par une fausse transparence et par un "marketing bobo" qui préconise le "bio" déclaratoire plutôt qu'une réelle proximité avec la terre et la Nature... un peu comme cette écologie de façade qui nie l'Homme pour le Progrès... Les mots perdent leur sens. Alors faut-il vraiment s'étonner de trouver des chevaux saturés de médicaments dans des plats cuisinés aux noms savoureux ?...

jeudi 21 novembre 2013

"La guerre essaya de nous tuer durant le printemps."

Ainsi s'ouvre le livre de Kevin Powers, Yellow birds.
Un ouvrage simple, cru, direct, parfois brutal. Une surprenante poésie traverse pourtant ce cheminement psychologique douloureux. Une exploration de l'intérieur, une perception de la guerre par un soldat contemporain. On y perçoit le glissement progressif vers ce que l'on nomme aujourd'hui SPT pour "syndrome post-traumatique". Cette souffrance qui hantent tant de vétérans... sous de multiples formes. 

Yellow Birds

Ici, il y a presque une impudeur assumée. Une descente aux enfers d'êtres humains finalement si seuls au milieu des autres. N'y cherchez pas l'exaltation de la guerre ; pas même de la camaraderie dans le guerre.  Elle ne se distingue qu'entre les lignes, à la loupe, sous le jour d'une promesse. Pas de sens de la mission. Pas d'esprit de corps. La narration est plutôt empreinte d’égoïsme et de cynisme, comme pour se protéger... en vain. La farouche volonté d'en revenir s'efface dans le regret d'en être revenu. 

"La cruauté de mon ambivalence ne me surprit pas à l'époque. Rien ne semblait plus naturel que de voir quelqu'un se faire tuer. [.../...]. On ne remarque que les choses inhabituelles. Or la mort n'était pas inhabituelle. Inhabituelle était la balle qui allait vous tuer, la bombe artisanale qui n'attendait que vous pour exploser. Voilà ce qui retenait notre attention. 
Je ne pensai plus à Malik par la suite. Il n'était qu'un personnage secondaire dont l'existence et la disparition ne faisaient que confirmer que j'étais encore en vie. Je n'aurais pas pu le formuler à l'époque mais j'étais entraîné pour croire que la guerre fédérait tout le monde. Qu'elle rassemblait les gens plus que toute autre activité humaine. Tu parles. La guerre fabrique surtout des solipsistes : comment vas-tu me sauver la vie aujourd'hui ? En mourant, peut-être. Si tu meurs, j'ai plus de chances de rester en vie. Tu n'es rien, voilà le secret : un uniforme dans une mer de nombres, un nombre dans une mer de poussière."

Un livre fort, direct. Un témoignage sans concession qui interroge sur la souffrance de nos soldats.



lundi 11 novembre 2013

Entre réalité des choses du monde et subjectivité du poète...


Dans Situation de la poésie (1938), Jacques Maritain se prononce sur l'intitulé de notre blog...
"Il y a une connaissance poétique du monde, mais elle n'est pas pour connaître ni pour connaître le monde, elle est pour révéler obscurément à lui-même et féconder dans ses sources spirituelles le sujet créateur. Si vous prétendez en user pour connaître, elle s'évanouit dans vos mains."


Bon, pour être franc, c'est un peu le sentiment que je commençais à nourrir depuis l'ouverture de ce site... La connaissance poétique du monde est intrinsèquement dépendante de notre propre nature. C'est finalement aussi une connaissance de soi car "le contenu de l'intuition poétique est à la fois la réalité des choses du monde et la subjectivité du poète..." [Maritain, L'Intuition créatrice dans l'art et dans la poésie, 1966].  Mais il s'agit avant tout d'une connaissance qui vise à porter du fruit car elle "connaît non pour connaître mais pour produire. C'est vers la création qu'elle tend.
Idéalement, l'apprentissage d'un savoir doit donc passer par une appropriation et une retranscription pour chaque être afin de lui donner une profondeur et une personnification qui stimulent à la fois la raison et l'émotion par la créativité. On peut alors s'interroger sur les procédés pédagogiques d'apprentissage qui ne visent qu'à une restitution froide et désincarnée. La connaissance fait sens dans une finalité individuelle ou collective. Ce constat peut paraître très théorique en lui-même (mais moi aussi, je chemine en écrivant...). Il me semble pourtant intuitivement que la créativité,  l'inventivité, conjugaison d'un savoir technique et d'une personnalité révélée à elle-même, demeure la clef de voûte de la dynamique économique, sociale et politique d'une société. Or elle ne semble accessible, notamment pour le Bien commun, que quand l'Homme recherche un progrès sans se renier en tant qu'être de Nature...