Il y a une connaissance rationnelle du monde portée par la géophysique, la biologie, l’histoire, la géopolitique, la polémologie... Pourtant, lorsque je m’efforce de comprendre une actualité surabondante, j’en frôle plus facilement le sens dans une évocation littéraire, poétique… Elle livre une forme de lecture globalisante, relate une atmosphère, inspire une intuition... Par son intrinsèque humanité, elle me semble offrir un chaleureux supplément d’âme aux ternes certitudes spécialisées.
dimanche 28 septembre 2014
Quelle chance ?
J'ai vu passer ma chance par la fenêtre. Je n'ai pas réagi. Je n'étais pas vraiment sûr que c'était elle. Elle passait d'un air distrait, elle ne m'a pas harangué. Elle ne s'est pas nommée. Il m'a bien semblé la reconnaître mais je craignais de me méprendre, d'être indiscret, ridicule...
Et puis, je ne l'aurais pas saisie, elle marchait vite... Elle m'aurait emmené un peu loin, peut-être. Il aurait fallu partir, quitter ce port, ce confort, cette sécurité, ces habitudes... Il faut quand même dire qu'elle n'y a pas mis du sien. Elle ne m'a pas fait l'article, juste un regard en coin avec cette impertinence, cette espèce de "oseras-tu ?"...
Moi, je ne voyais pas les choses comme ça... Je l'attendais comme une bourrasque, une tornade... qu'elle me plaque au sol, me bouleverse, qu'elle projette ses feux et ses banderoles avec des inscriptions sans ambiguïté : "je suis la chance, je passe vous chercher". Autant dire qu'elle n'a pas vraiment assuré. J'ai besoin de certitudes, elle aurait pu le savoir.
De toutes façons, je le sais bien maintenant, elle se manifeste toujours pour les autres... Ceux qui bougent tout le temps, ceux qui disent qu'il faut aller la chercher, la courtiser... qu'elle sourit aux audacieux. Bref, ceux qui sont toujours dans le mouvement, ceux qui ne savent pas attendre.
Moi, je vais retourner m'asseoir, regarder par la fenêtre...des fois qu'elle repasse... un peu plus près...
AdA
jeudi 28 août 2014
Oui, j'ai quitté ce port tranquille...
"Oui, j'ai quitté ce port tranquille,
Ce port si longtemps appelé,
Où loin des ennuis de la ville,
Dans un loisir doux et facile,
Sans bruit mes jours auraient coulé..."
(Voyage, Alphonse de Lamartine).
Voilà qui annonce un retour.... un retour un peu douloureux... qu'il faut bien atténuer en vous retrouvant autour d'un projet poétique !
Je m'aperçois ainsi qu'un blog sur le leadership propose aimablement de venir me lire à l'occasion :
(http://leadershipsavoir.wordpress.com/2014/07/28/faire-appel-a-la-poesie-pour-developper-son-leadership/)...
(http://leadershipsavoir.wordpress.com/2014/07/28/faire-appel-a-la-poesie-pour-developper-son-leadership/)...
L'approche est aussi inattendue qu'intéressante. Je ne sais pas vraiment si la poésie permet de développer son leadership mais je constate qu'elle permet au leader inscrit souvent dans l'action immédiate et dans l'urgence de s'évader brièvement... En quelques vers, quand il ne trouve plus le temps de lire de longues pages, il quitte son univers, reprend du champ, de la perspective ... Or, cette prise de recul me semble fondamentale car l'une des préoccupations d'un chef doit être aussi de s'échapper de la contrainte temporelle et de la pression auto-génératrice. Il doit pouvoir capter les tendances de moyen et long termes, échapper aux contraintes d'une rentabilité de court-terme pour retrouver le sens de son action. S'il ne le fait pas, il sera moins lucide, y laissera sa santé et sa faculté d'anticipation.
Dans cette aération, il puisera aussi quelques pépites ; au détour d'une page, quelques mots captiveront son esprit sans avoir été prémâchés par des spécialistes du coaching... des mots qui l'inspireront sur le fond et la forme de son action car ils répondront à une attente personnelle du moment. Cela m'est arrivé bien souvent. En situation de responsabilité, il y a bien longtemps, je me souviens avoir trouvé cette phrase du Maréchal Lyautey dans ses lettres du Tonkin :
"Je ne conçois le commandement que sous la forme directe et personnelle de la présence sur place, de la tournée incessante, de la mise en oeuvre par le discours, par la séduction personnelle, par la transmission visuelle et orale de la foi, de l'enthousiasme".
Je l'avais prise pour une leçon de leadership personnelle... à sa relecture, je crois qu'elle pourrait inspirer bien des dirigeants... Je la livre donc à la sagacité du bloggeur qui a bien voulu me citer !
Je l'avais prise pour une leçon de leadership personnelle... à sa relecture, je crois qu'elle pourrait inspirer bien des dirigeants... Je la livre donc à la sagacité du bloggeur qui a bien voulu me citer !
AdA
dimanche 22 juin 2014
Le crépuscule de Victor Hugo...
Quel scandale, la poésie a encore frappé... au BAC !
Victor Hugo n'a jamais laissé
indifférent... Mais aujourd'hui encore, certains élèves mal avertis veulent sa
peau : "Victor Hugo si j'te croise dans la rue t'es mort...". On peut certes s'en indigner mais reconnaissez que les délires
numériques nous valent quelques réparties de haute volée !
Ainsi le : "Que dit-il, le brin
d'herbe ? et que répond la tombe ?" de l'auteur bénéficie
d'une contre-interrogation fine de notre jeunesse : "pourquoi tu tapes la discut entre une tombe et un brin
d'herbe (...) ?" (je vous épargne la fin de la question...) ou une comparaison
artistique pénétrante : "Y'a Hugo Tout Seul qui fait des vidéos, et Victor Hugo qui lui est pas tout seul dans sa tête avec ses brins d'herbe...".
Quand on lit ces touits, il nous vient
l'envie de souhaiter bon courage aux correcteurs... et de dire aux plus
agressifs de notre élite future de savourer les derniers vers du poème coupable
:
"Aimez-vous ! c'est le mois où les
fraises sont mûres.
L'ange du soir rêveur, qui flotte dans les
vents,
Mêle, en les emportant sur ses ailes obscures,
Les prières des morts aux baisers des vivants."
Mêle, en les emportant sur ses ailes obscures,
Les prières des morts aux baisers des vivants."
AdA
samedi 12 avril 2014
Le roman entre dans le cyberespace...
Certes, on s'écarte un peu de la poésie... surtout pour le style... mais les
livres de Tom Clancy ont toujours été de bons indicateurs de la pensée sécuritaire
officielle des Etats-Unis...
En effet, Tom Clancy nous a déjà fait traverser la guerre
froide avec un sous-marin nucléaire russe (Octobre rouge), combattre
le Terrorisme (Jeux de guerre), lutter contre les trafiquants de drogue
(Danger immédiat) ; il nous a sensibilisé aux enjeux de l’Espace (le
Cardinal du Kremlin)… Cette fois, il nous entraîne dans un combat contre la
Chine via le Cyberespace, avec quelques Russes encore égarés de-ci de-là.
Dans « cybermenace »,
baptisé différemment « threat vector »
en V.O., il y a encore les ingrédients qui ont fait le succès des ouvrages
précédents : Jack Ryan (père… et fils cette fois, tel un label déposé),
beaucoup de technologie, des services secrets et un engrenage politique
destructeur. Encore une fois, la force de l’ouvrage réside dans la dynamique de
l’intrigue et des enjeux, dans l’utilisation méticuleuse d’une documentation
technique très riche et d’actualité. En fait, il est intéressant de constater
que ce type d’ouvrage aborde de façon romancée des problématiques
contemporaines que l’on retrouve aujourd’hui dans de nombreux essais ou traités
stratégiques américains et même … français.
La trame générale de la rivalité
sino-américaine sur fond de cyber et la combinaison des menaces physiques
classiques avec les cyber-menaces viennent parfaitement conforter les thèses de
deux officiers français dans leur livre Attention : Cyber !
Vers le combat cyber-électronique. En effet, ils y évoquent un parallélisme
certain, dans la stratégie américaine, entre la guerre des étoiles contre l’URSS
et la confrontation dans le cyber contre la Chine (lire « les stratégies d’une
nouvelle guerre froide ? »p.132). Dans leur description du champ de
bataille d’un futur proche (chapitre sur « le combat cyber-électronique au
cœur des opérations »), ils donnent aussi l’exemple de la prise de
contrôle de drones (p. 177).
Bref, en relisant Tom Clancy, il devient possible
de traverser les trente dernières années de la perception sécuritaire des Etats-Unis
avec ce tropisme très marqué pour la haute technologie, les services de
renseignement et leur influence sur les mécanismes décisionnels des dirigeants.
A l’heure des révélations de Prism et des rivalités cybernétiques entre Russes
et Ukrainiens autour de la Crimée, on peut se demander si ce nouvel ouvrage ne
donne pas le ton pour inclure le cyber dans les conflits modernes.
AdA.
vendredi 21 février 2014
Je garde mon Cap ...
J’habite un littoral où le souffle est passion,
Un écrin de granit accroché sur un cap,
J’habite un océan agité par l’azur,
Vu d’une verte prairie courue de mille talus,
J’habite en Armorique chez un oiseau marin,
Coiffant de vastes plages ou niché dans les failles,
J’habite un bout du monde en pointe d’Eurasie
Au gré d’un vent solaire illuminant les voiles,
J’habite un port de brumes perdu dans les embruns,
Berceau d’un horizon, refuge d’une aventure,
J’habite à la frontière de tous ces absolus,
Sans avoir à choisir… puisque je ne pars plus…
Je garde mon Cap !
AdA
dimanche 26 janvier 2014
J'ai ancré l'espérance aux racines de la vie ...
Pour clôturer ce premier mois de la nouvelle année, que je voulais fondé sur l'espérance, j'ai trouvé ce poème d'Andrée Chedid. L'espérance s'y entoure des mots qui font l'homme avec une grande noblesse.
J’ai ancré l’espérance
Aux racines de la vie
Face aux ténèbres
J’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux
A la lisière des nuits
Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries
Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir
J’enracine l’espérance
Dans le terreau du cœur
J’adopte toute l’espérance
En son esprit frondeur.
Tout y est :
- un socle : ancre, racine, terreau ;
- une audace : faire face, se dresser, renaître, frondeur ;
- une lumière : clarté, flambeaux ;
- un être : vie, cœur, esprit.
AdA
dimanche 5 janvier 2014
Espérance en chemin...
Pour celui qui a un peu voyagé hors des sentiers battus, loin des chemins chargés du tourisme de masse, il y a quelque indécence à revenir dans notre univers national gâté mais plaintif et dépressif...
Pour celui qui voit la France comme un souffle dans l'Histoire du monde, chargée d'idées, d'héroïques victoires et de grandes figures, mûrie de ses grandeurs et de ses erreurs, il y a comme une déception de la voir atone, culpabilisée et auto-flagellatoire...
Pour celui qui voit la France comme la patrie de la famille, de l'école publique pour tous, de la sécurité sociale, il y a comme une incompréhension à la voir détruire ce qui la singularisait pour céder dans un même mouvement aux sirènes d'une vision qualifiée de progressiste et pourtant déjà arriérée...
Mais pour celui qui connait la France, sa vaste littérature et son Histoire mouvementée, il sait que cette passade est en train de générer une nouvelle prise de conscience de l'évolution réelle du monde. Il verra poindre au delà des poncifs de la défaite et du déclin, une ambition, une lueur d'écologie humaine en construction, graine d'avenir, gage d'équilibre dans la dignité.
Il verra en marche et en devenir :
"Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle. [.../...]
L'Espérance est une fille de rien du tout,
Qui est venue au monde le jour de Noël de l'année dernière,
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier
Avec ses petits sapins en d'Allemagne. Peints.
Avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas,
Puisqu'elles sont en bois.
C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
C'est cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.
La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend seulement pas gardes à elle.
Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs la petite espérance
S'avance.
"Charles Péguy "Le Porche du Mystère de la deuxième vertu". 1912
Pour celui qui voit la France comme un souffle dans l'Histoire du monde, chargée d'idées, d'héroïques victoires et de grandes figures, mûrie de ses grandeurs et de ses erreurs, il y a comme une déception de la voir atone, culpabilisée et auto-flagellatoire...
Pour celui qui voit la France comme la patrie de la famille, de l'école publique pour tous, de la sécurité sociale, il y a comme une incompréhension à la voir détruire ce qui la singularisait pour céder dans un même mouvement aux sirènes d'une vision qualifiée de progressiste et pourtant déjà arriérée...
Mais pour celui qui connait la France, sa vaste littérature et son Histoire mouvementée, il sait que cette passade est en train de générer une nouvelle prise de conscience de l'évolution réelle du monde. Il verra poindre au delà des poncifs de la défaite et du déclin, une ambition, une lueur d'écologie humaine en construction, graine d'avenir, gage d'équilibre dans la dignité.
Il verra en marche et en devenir :
"Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle. [.../...]
L'Espérance est une fille de rien du tout,
Qui est venue au monde le jour de Noël de l'année dernière,
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier
Avec ses petits sapins en d'Allemagne. Peints.
Avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas,
Puisqu'elles sont en bois.
C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
C'est cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.
La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend seulement pas gardes à elle.
Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs la petite espérance
S'avance.
"Charles Péguy "Le Porche du Mystère de la deuxième vertu". 1912
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